Synthèse de l’entretien réalisé par le capitaine Anne-Claire Pérédo avec le lieutenant-colonel Kevin, pilote d’essai sur Rafale : « le jour où j’ai tiré sur un ballon depuis un Rafale », publié dans Esprit Défense # 17, automne 2025, pages 52 et 53
Au printemps 2025, un tir d’essai hors norme a été réalisé par l’armée de l’Air et de l’Espace : pour la première fois, un Rafale a neutralisé un ballon en très haute altitude (THA). Aux commandes, le lieutenant-colonel Kévin, pilote d’essai, revient dans le cadre de cette interview sur cette opération technique inédite et hautement stratégique.
Une menace nouvelle, une réponse française rapide
Dans le sillage de l’incident des ballons espions chinois aux États-Unis en 2023, la France a initié une démarche multidisciplinaire pour évaluer sa capacité à contrer une menace similaire. Radar sol et embarqués, météorologie, analyse des vents en THA : l’objectif était clair — vérifier si le Rafale et ses armements pouvaient détecter, puis neutraliser un ballon évoluant au-delà des altitudes habituelles du combat aérien. « Nous devions comprendre le mouvement des vents à très haute altitude, dans laquelle se situe ce type de menace. Détruire un objet volant, comme un ballon chinois en THA, oblige à manœuvrer dans deux espaces aériens différents, car les avions de chasse ne peuvent pas évoluer dans cette zone. »
En quelques mois, deux campagnes d’essais conjointes DGA-CEAM ont été conduites, et un rapport ministériel a validé la faisabilité du tir. Le test final s’est déroulé en juin 2025 au-dessus de l’Atlantique, dans une fenêtre de tir de seulement quinze minutes. Le CNES a largué un ballon cible depuis un navire ; celui-ci est monté plus vite que prévu, ajoutant une difficulté supplémentaire à une opération déjà complexe, sans compter un tir face au soleil. Le choix d’une cible plus petite que celles observées en Chine avait également été pensé pour stresser le système et prouver sa robustesse.
Une prouesse technico-opérationnelle
Le défi majeur : donner au missile l’énergie nécessaire pour atteindre une cible dans un air extrêmement raréfié. La solution : un cabré du Rafale suivi d’une accélération supersonique, au prix d’une forte consommation carburant limitant le nombre de tentatives. Deux Rafale ont été engagés ; le lieutenant-colonel Kévin, accompagné d’un navigateur, réalisera le tir victorieux. « [A] cette altitude, la faible densité de l’air rend la maîtrise du missile plus compliquée. Il faut lui donner de l’énergie en exécutant un cabré de l’avion, suivi d’une accélération supersonique très consommatrice de carburant. »
Cette séquence inédite prouve que la France est en mesure de maîtriser une capacité de neutralisation en très haute altitude, dans la lignée de sa stratégie spatiale de défense dévoilée au Bourget.
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Photo © cockpit du Rafale utilisé pour l’essai, ibid