Source : Brookings The end of the “imperial republic” and the future of the transatlantic alliance (23 juin, 2025)

Dans son intervention à la Brookings Institution pour l’annuelle Raymond Aron Lecture, Camille Grand reprend la grille analytique de l’auteur français afin de diagnostiquer la possible fin de la « république impériale » américaine. Selon Grand, l’ordre né en 1945, où une démocratie continentale acceptait d’assumer un rôle quasi impérial pour la sécurité mondiale, s’érode sous le double effet de la compétition sino-américaine et de la lassitude de l’opinion face aux « guerres sans fin ». Les similitudes avec 1973 – rapprochement avec les rivaux, tensions commerciales avec les alliés, révolte domestique contre le fardeau militaire – signalent, selon lui, une inflexion structurelle plutôt qu’un simple épisode partisan.

Cette hypothèse éclaire les quatre futurs possibles d’un « OTAN 3.0 » moins américain et nécessairement plus européen:

  • Transition ordonnée : hausse concertée des budgets européens ; pilier continental renforcé ; parapluie nucléaire US maintenu.
  • Transition chaotique : retraits unilatéraux de Washington ; montée en puissance précipitée de l’UE ; fenêtre de vulnérabilité que Moscou pourrait tester.
  • Désengagement radical : frustration américaine induisant leur quasi-retrait total ; l’Europe organise seule sa défense, voire cherche des garanties alternatives.
  • États-Unis hostiles : rupture inédite pour cause de conflit commercial ou accord avec Moscou ; scénario extrême mais rappelant la fragilité de la cohésion occidentale.

Face à ces configurations, Grand identifie quatre chantiers incontournables. D’abord, reconstruire masse et capacités haut de gamme (renseignement, frappe longue portée, défense aérienne), un effort évalué à 1 000 milliards de dollars sur dix ans. Ensuite, rouvrir un « grand débat » sur la dissuasion nucléaire européenne et l’autonomie du renseignement, alors que le parapluie américain se fait plus incertain. Troisièmement, élaborer une stratégie propre pour l’Ukraine afin d’éviter qu’un conflit gelé ne rouvre un cycle de « guerres en chaîne ». Enfin, réinventer les institutions atlantique : bâtir une alliance plus symétrique, dans laquelle Washington accepte de « lâcher prise » et où l’UE endosse une responsabilité stratégique pleine.

Pour Grand, la question n’est plus de savoir si la parenthèse impériale se referme, mais si l’Europe transformera ce tournant en opportunité de souveraineté plutôt qu’en crise existentielle.

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Photo © Ambassade de France aux États-Unis (Linkedin)