Par le Lieutenant-Colonel (R) Michel Klen –  Cet article est le premier d’une série sur les femmes combattantes de par le monde. Il est issu de notre dernier numéro publié le mois dernier (voir la version imprimée  >>>Operationnels SLDS 38 39 hiver 2018 Guerrieres kurdes)

L’engagement de femmes kurdes dans les combats qui ont abouti à la chute des bastions islamistes en Irak et en Syrie a été déterminant. Pour lutter contre Daech, ces guerrières ont utilisé les moyens militaires en s’impliquant directement sur le terrain non seulement aux côtés des forces arabes et de la coallition alliée, mais aussi en montant des unités entièrement féminines comme YJA. Leur action a été renforcée par une opération de communication de grande ampleur.

L’arme redoutable de la communication a procuré un extraordinaire ascendant moral sur les combattants de Daech. Les fous d’Allah sont en effet terrifiés à l’idée d’être tués par  une femme. La propagande islamiste martèle qu’un djihadiste abattu par une femme devient un « faux martyr » et se voit donc interdire l’entrée au paradis. De ce fait, il est privé de rapports sexuels avec les vierges qui attendent les « vrais martyrs » du califat dans l’espace céleste censé procurer la béatitude éternelle après la mort. Dans cette guerre psychologique, les femmes possèdent de la sorte un atout majeur. Sur ce chapitre, c’est la chanteuse populaire Helly Luv qui a porté le flambeau de la lutte contre Daech en produisant des clips dans lesquels elle appelle à défendre le Kurdistan contre les envahisseurs. Le plus célèbre, Révolution, paru en 2015, a eu un succès qui a largement dépassé les frontières du Moyen-Orient. La jeune femme y apparaît en tenue de combat et talons dorés, cheveux rouges de sang, portant autour de la taille et du cou des bandes de munitions de mitrailleuse. Elle arrête à elle seule une colonne de chars en brandissant un panneau « Stop the violence », puis arbore un drapeau kurde face aux assaillants. La musique envoûtante et les paroles martiales de la chanson qui accompagnent la scène renforcent la puissance du message porté par l’artiste guerrière. La séquence coup de poing a été tournée à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Lorsqu’elle a été filmée en train de chanter et de danser, la diva téméraire n’était qu’à trois kilomètres des barbares de Daech. C’est précisément la proximité d’un danger mortel qui a fait de ce document bouleversant (diffusé sur les réseaux sociaux) un événement exceptionnel. Ce véritable défi a eu un retentissement immense dans la communauté internationale et un impact psychologique très fort sur les djihadistes.

La littérature reste aussi un support efficace dans ce combat contre l’extrémisme islamiste. Dans ce registre, le récit de Viyan est prenant. Cette petite bergère kurde dans la région syrienne de Kobané (à la frontière turque) a livré sa motivation et son expérience à deux journalistes, Pascale Bourgaux et Saïd Mahmoud, dans un livre captivant, « Moi, Viyan, combattante contre Daech » (Fayard, 2016). De son vrai nom Aïn al-Arab, Viyan a rejoint la guérilla à 18 ans à l’insu de sa famille pour défendre la cause de son peuple menacé. La jeune femme ira d’abord s’entraîner dans un camp situé dans les monts Qandil en Irak, puis elle combattra dans une unité féminine kurde. Comme Viyan, beaucoup de jeunes se sont engagées dans la lutte armée. En faisant publier son histoire, cette guerrière en herbe, au nom de toutes les autres combattantes, a également envoyé un message ferme et résolu à l’encontre de Daech.

La libération de Raqqa, capitale auto-proclamée de l’Etat islamique, en octobre 2017, a mis sur le devant de la scène les guerrières kurdes. C’est en effet une Syrienne de 36 ans, Rodja Felat, qui était à la tête de trente milles combattants kurdes et arabes appartenant aux Forces démocratiques syriennes (FDS) dans l’opération « Colère de l’Euphrate » visant à la reconquête de la ville tombée aux mains des islamistes. Appuyée par les forces spéciales américaines, françaises et britanniques, ainsi que les avions de la coallition, cette intervention militaire a permis la reprise de la cité symbolique du soi-disant califat. Cette jeune « commandante », de petite taille (1,60 mètre), animée d’une formidable boulimie d’énergie et d’un patriotisme sans faille, se déplace toujours avec sa garde rapprochée, deux jeunes femmes de 25 ans. Rodja est un pur produit du féminisme en armes qui a réussi à diriger une armée pour sauver sa patrie en danger et faire tomber le dernier bastion terroriste en Syrie. Son exploit a été  relaté par les médias. A des commentateurs, elle a confié les modèles qu’elle vénérait, en particulier Leyla Qasim, une Kurde d’Irak pendue à 22 ans pour tentative d’assassinat de Saddam Hussein. Parmi ses héros, elle cite sans hésitation Napoléon dont elle admire les qualités exceptionnelles de stratège et de chef de guerre au service d’une ambition pour la grandeur de son peuple. Le clin d’oeil avec la problématique kurde est évident.

 

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