BKN : quatre objectifs majeurs
Barkhane (BKN) s’inscrit dans la durée et prolonge les mandats des opérations Epervier et Serval. L’opération Épervier au Tchad, a été déclenchée début février 1986 à l’initiative de la France après le franchissement du 16ème parallèle par les forces armées libyennes venues soutenir Goukouni Oueddei, lequel avait été renversé fin 1981 par Hissène Habré avec le soutien de la France et des États-Unis. L’opération Serval quant à elle a été déclenchée le 11 janvier 2013 à la demande du gouvernement Malien pour stopper l’offensive Djihadiste venue du nord du Mali. Elle s’est achevée le 31 juillet 2014. A cette date, le transfert de la mission de stabilisation a été confié à la MINUSMA (mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali) qui travaille conjointement avec la force Barkhane.

  • Affaiblir les velléïtés de constitution d’un sanctuaire terroriste en BSS
    Le premier objectif officiel compris dans le cadre du mandat de l’opération BKN consiste à réduire la liberté d’action des groupes armés terroristes (GAT) et d’empêcher la constitution de toute zone de repli pouvant s’apparenter à une zone refuge à partir de laquelle les GAT pourraient regagner en vitalité et en force de nuisance. Ces GAT s’articulent aujourd’hui autour de trois groupes terroristes majeurs, bien heureusement en rivalité les uns avec les autres. Il s’agit d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), organisation née en 2017 de la fusion des groupes Ansar Dine, Al-Mourabitoune et L’Emirat du Sahara, une branche d’AQMI.
  • Contribuer à la création d’une puissance militaire autonome G5 Sahel
    L’autre objectif majeur de BKN est de participer au renforcement des capacités des Etats partenaires du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina-Faso et Tchad). L’idée directrice étant que lesdits Etats soient, à terme, capables d’assurer le contrôle de leurs territoires et de leurs frontières. Evidemment, la situation est à ce stade des plus contrastée entre les pays partenaires, le Burkina-Faso faisant aujourd’hui figure de nouveau maillon faible du G5. En effet, depuis début 2018, le Burkina subit une recrudescence des attaques terroristes qui ont fait plus de 300 morts depuis 2015. L’attaque spectaculaire du 2 mars 2018 menée par le GSIM – qui a visé simultanément l’ambassade de France et l’état-major du G5 Sahel basés à Ouagadougou – est dans toutes les mémoires. De plus, la région du Liptako-Gourma, située à l’est et au nord du pays, est devenue un nouveau haut lieu de confrontation pour le G5 et la force Barkhane.
  • Coordonner l’ensemble des forces militaires déployées en BSS
    Associé à cet objectif d’autonomie stratégique de défense, l’accroissement de la coordination régionale des forces locales et interrégionales (G5 Sahel – objectif de 5 000 hommes), de la MINUSMA (15 000 soldats et policiers) et de l’EUTM (mission européenne de transformation de l’armée malienne – 600 militaires issus d’une vingtaine d’états) est une des priorités du mandat de BKN notamment afin d’être capable d’endiguer le terrorisme, le crime organisé transfrontalier et le trafic d’êtres humains dans la BSS. En plus de ces objectifs officiels, la France doit aussi veiller à ce que l’influence djihadiste ne fasse pas tâche d’huile notamment au Niger où les intérêts économiques français sont nombreux.
  • Défendre les intérêts économiques français
    La présence française au Sahel vise également à protéger les intérêts économiques français dans la région. En effet, n’oublions pas que quatorze multinationales et plusieurs milliers d’entreprises françaises sont présentes dans la BSS. Cette zone est aujourd’hui considérée comme un tissu de marchés à développer dans un contexte de concurrence accrue, notamment avec la Chine de plus en plus présente au Sahel également. Par ailleurs, la BSS regorge de ressources minières et pétrolières nécessaires à sa vitalité économique, ainsi qu’à celle de la France. N’oublions pas en effet, pour citer l’exemple le plus emblématique relatif à notre propos, que les gisements d’uranium du Niger constituent une priorité absolue pour Areva, géant du nucléaire français. Enfin, BKN est aussi – indirectement – l’occasion pour la filière industrielle de défense française de démontrer l’efficacité et la puissance de ses matériels.
  • Contribuer au développement économique du Sahel
    Complétant ce panorama, la France s’engage également en faveur du développement économique au Sahel via l’Alliance Sahel. Créée en 2017, l’Alliance Sahel favorise le développement au sein des Etats partenaires de la coopération en matière d’employabilité des jeunes, de l’accès à l’éducation et à la formation, au développement rural et à la sécurité alimentaire des populations et à la promotion de meilleures pratiques de gouvernance. L’enjeu est criant, car la population africaine est majoritairement constitués de jeunes auxquels il faut absolumment offrir des perspectives de croissance, si l’on souhaite circonscrire l’influence des djihadistes qui prospèrent sur les terrains de la pauvreté et de l’ignorance.

Photographie telle que reproduite sur le site : www.defense.gouv.fr