Source : SIPRI – NATO’s new spending target: challenges and risks associated with a political signal (27 juin 2025).
Le Sommet de l’OTAN 2025, qui vient de s’achever à la Haye, a entériné un objectif de dépense inédit : 5 % du PIB d’ici 2035, incluant 3,5 % pour la défense au sens strict et jusqu’à 1,5 % de dépenses « connexes » (infrastructures critiques, cyber, base industrielle). Cette annonce, saluée comme « historique », double le seuil adopté en 2014. Cette année, les objectifs étaient clairs : réaffirmer l’unité de l’Alliance et rassurer Washington sur la prise de responsabilité européen du « partage du fardeau » militaire. Néanmoins, ce signal politique, encore loin d’un réel plan de financement, soulève des questions importantes :
Message politique vs capacité dissuasive réelle
Afficher un pourcentage ne garantit ni répartition adéquate des ressources ni cohérence avec les besoins capacitaires définis. L’entrée-sortie (input) risque d’être confondue avec le résultat opérationnel (output).
Soutenabilité budgétaire
Avec une charge moyenne de 2,2 % du PIB en 2024, atteindre 5 % impliquerait ≈ 2 700 milliards $ supplémentaires par an en 2035. Des États déjà très endettés, tels que la France (112 % du PIB) ou l’Italie (135 %) devront probablement choisir entre hausse d’impôts, coupes sociales ou dette accrue.
Capacité d’absorption des industries de défense
Doubler ou tripler les commandes industrielles risque de créer goulets d’étranglement, spirales inflationnistes et achats « sur étagère » aux États-Unis, à rebours de l’autonomie stratégique européenne recherchée. Ainsi, les précédentes vagues de hausses rapides des investissement industriels militiaires se sont souvent traduites par des surcoûts et contournement des contrôles.
Transparence et contrôle démocratique
Les parlements, les cours des comptes et la société civile des états européens ne disposent pour l’instant pas des données classifiées qui justifient ces objectifs. Sans supervision démocratique, la probabilité de dépenses inefficaces ou détournées augmente, tout comme le risque d’alimenter une course aux armements au détriment des mécanismes de contrôle – et d’alimenter l’impopularité domestique de ces engagements.
En somme, les 5 % agissent comme un marqueur politique destiné à dissuader Moscou et à retenir Washington au sein de l’OTAN, mais sa mise en œuvre exigera des arbitrages financiers massifs, un renforcement des capacités industrielles et une gouvernance européenne bien plus transparente pour éviter que l’effet d’annonce ne se mue en piège budgétaire et politique.
Photo © NATO