Par Murielle Delaporte – Dans le cadre du point presse organisé par le MINARAC le 12 février 2026, le général de brigade aérienne Pierre Gaudillière, commandant de la BAAC (Brigade aérienne de l’aviation de chasse), a expliqué en quoi consiste, pour l’aviation de combat, la préparation opérationnelle dans le contexte d’un engagement majeur pour lequel « il faut se préparer dans les deux ans à venir ».

Source : Point presse du 12 février 2026, DICoD
Il a décrit la préparation opérationnelle selon trois niveaux, auxquels se greffent de nombreux exercices interalliés, notamment dans le cadre de l’OTAN :
- Le premier niveau relève du quotidien : pilotes de chasse ou opérateurs de défense sol-air s’entraînent selon des syllabus précis à leurs missions spécifiques, avec une forte délégation au niveau des unités.
- Le deuxième niveau consiste en des exercices de synthèse de niveau brigade, où les différentes composantes sont combinées selon l’idée stratégique donnée par le chef d’état-major des Armées et le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace.
- Le troisième niveau concerne les exercices interarmées de type Orion 26 et intègre cette préparation dans une manœuvre globale.
L’aviation de combat face à la haute intensité
Au sein de l’Armée de l’air et de l’espace, la Brigade aérienne de l’aviation de chasse (BAAC) est au cœur de la préparation à la haute intensité (HI), redevenue une priorité stratégique pour la France face à l’évolution du contexte international.
La préparation opérationnelle constitue la responsabilité première de ce commandement organique, pourvoyeur de forces pour le commandement opérationnel. L’aviation de combat s’entraîne aux conflits de haute intensité selon plusieurs fonctions opérationnelles : la maîtrise du ciel pour défendre les cieux amis et assurer en permanence la souveraineté de l’espace aérien français, l’affaiblissement de l’ennemi en profondeur en perçant ses défenses ou au contact des troupes sur le front, l’acquisition de la supériorité aérienne garantissant la liberté d’action des forces amies tout en déniant celle de l’adversaire et l’appui à la mission de dissuasion aéroportée, dévolue aux forces aériennes stratégiques.
« La ligne est claire. Il faut se préparer à un engagement majeur dans les deux ans à venir », a souligné le général Gaudillière. « Ça veut dire pour moi qu’il faut être prêt dès ce soir, tout en continuant d’honorer les missions actuelles sur le territoire national et à l’extérieur. » Les unités assurent ainsi la posture permanente de sûreté, la police du ciel sur le territoire national et dans les cieux des pays baltes, et sont projetées en missions ou opérations extérieures, que ce soit pour les avions de chasse, de reconnaissance ou la défense sol-air sur le flanc est.
Valoriser la préparation opérationnelle en permanence
Cette préparation opérationnelle d’« athlète de haut niveau » combine sprint et combat de boxe. Derrière les heures de vol se cachent des heures de préparation, de combat aérien, de travail au sol avec les spécialistes du renseignement et de la guerre électromagnétique. Chaque vol, chaque tir de missile ou de bombe, qu’il soit réel ou simulé, est systématiquement rejoué et analysé finement. S’y ajoutent les heures de maintenance, de mise en configuration en fonction de l’armement désigné, de préparation des avions à l’aube et d’accueil au retour des vols de nuit. Ces années d’expérience passent de main à main dans les cockpits et les ateliers.
Cet investissement conséquent doit être valorisé en permanence. « On ne s’entraîne jamais pour rien. Tout décollage, toute mission est valorisée », rappelle le commandant de la BAAC. Le rassemblement de toutes les composantes de l’aviation de combat dans la même brigade permet d’exploiter les synergies, notamment pour la défense aérienne en « joint engagement zone », où défense sol-air et chasseurs sont connectés pour tenir une zone.
« Le secret, c’est qu’il faut donc voler », car la complexité de ces missions nécessite un sens aéronautique pointu, de l’aisance, de l’accoutumance et de la maîtrise. Les pilotes volent de jour comme de nuit, en très haute ou très basse altitude, dans les vallées, le brouillard ou sous la neige, consolidant les basiques du vol tout en éprouvant les tactiques aériennes les plus complexes. Avec 180 heures de vol, l’objectif reste de réaliser des missions de guerre avec destruction d’objectifs aériens et au sol.
Le tir d’armement réel s’avère indispensable pour faire mouche à coup sûr en opération : tirer sur la chasse adverse de loin, sur les drones de près, au mètre près en milieu urbain sur des infrastructures où l’illumination laser peut se perdre, au profit de troupes prises en embuscade et imbriquées avec l’adversaire, à distance sur un objectif militaire alors que le signal satellite est brouillé. Les armements et modes d’action sont nombreux et tous employés sur les théâtres de déploiement : bombes guidées laser ou satellite, canon de bord, missiles air-air ou air-sol.
Si la simulation représente un pré-requis et un démultiplicateur de forces de plus en plus développé, avec une capacité de simulation connectée entre bases aériennes et escadres, voire massives en réseau entre composantes aériennes, elle ne remplace ni les heures de vol, ni les tirs réels.
De la connexion de toutes les composantes à l’intégration de « bases de régénération »
Au-delà de la technicité, ces expertises doivent s’intégrer dans une optique globale et « dans un contexte stratégique incertain ». Les exercices de niveau brigade permettent à l’état-major d’entraîner, de mettre sous pression et d’évaluer les fonctions opérationnelles et techniques de l’aviation de chasse dans une optique de conflit de haute intensité.
Les exercices Saphir, Emeraude, Jade et, plus récemment, Topaze1 menés depuis septembre 2025 incarnent cette préparation opérationnelle intégrée en connectant toutes les composantes de l’aviation de chasse et tous les effecteurs, du pilote à l’opérateur, aux techniciens, des acteurs étatiques aux acteurs privés.
Depuis Emeraude, la difficulté et la rusticité de ces exercices ont été augmentées, tout comme le degré d’initiative et d’ouverture à l’innovation. « Si vous durcissez, il faut donner plus d’initiative », explique le général Gaudillière, évoquant ce que l’on appelle la GRO ou gestion du risque opérationnel.
Les objectifs d’entraînement sont identifiés, testés, et le retour d’expérience de l’exercice précédent est réinjecté dans le suivant. L’objectif commun : maximiser la disponibilité des équipements, équipages, opérateurs et techniciens pour l’engagement. Toutes les composantes de la brigade y passent, escadres de Mirage 2000, de Rafale, défense sol-air…
Ces mises sous tension sont combinées avec de l’agilité opérationnelle, le French Agile Combat Employment, doctrine développée par l’OTAN nécessitant un entraînement spécifique. La synthèse de cette préparation s’est concrétisée lors de l’exercice Topaze qui a eu lieu fin janvier, consistant à disperser des avions de chasse sous très court préavis.
Premier thème : 20 avions en l’air, la base aérienne de Mont-de-Marsan devant subir une attaque dans la journée, nécessitant de soustraire le potentiel de combat à la menace. Deuxième thème : dès le lendemain, conduire un raid de rétorsion avec des missiles de croisière depuis des terrains déployés. Résultat : 20 avions dispersés sur quatre bases aériennes différentes, dont l’atelier industriel aéronautique (AIA) de Clermont-Ferrand, devenu base de régénération en charge des réparations des dommage de combat.
Le troisième volet a exploité la synergie entre acteurs étatiques et industriels privés pour optimiser la logistique et la maintenance du déploiement, notamment via l’exploitation de la donnée. Si les déploiements sur des bases dispersées ne constituent pas une nouveauté par rapport à l’époque de la Guerre froide, « exploiter la donnée pour optimiser les lots de déploiement, identifier les avions « bête de course » qui vont faire leur raid le lendemain ou le surlendemain à partir de données techniques, de données, d’heures de vol, de données de maintenance avec des applications, des applications ou des applicatifs, d’intelligence artificielle, de traitement et d’identifier – et tout cela avec l’aide de l’industriel – [constitue en revanche] une première ». De la télémaintenance en temps réel a également été testée dans ce cadre.
Topaze a ainsi été un exercice de synthèse en matière de maintien en condition opérationnelle, passant d’un MCO de contrat à un MCO de combat et entraînant la chaîne technico-opérationnelle à accélérer la décision, moderniser les outils et fédérer les acteurs dans un contexte de conflit de haute intensité. Orion 26 a débuté dans la foulée avec une première phase consacrée à l’acquisition de la supériorité aérienne, pré-requis pour la suite de l’exercice. La célèbre phrase de Montgomery reprise en conclusion par le général Gaudillière – « Lorsqu’on perd la guerre dans les airs, on la perd tout court et on la perd vite » – fait ainsi aujourd’hui plus office de rappel doctrinal que de citation historique.
1 Pour en savoir plus sur Topaze, voir notamment :
- https://www.defense.gouv.fr/air/actualites/exercice-topaze-deploiement-rafale-base-aerienne-bordelaise
- https://www.defense.gouv.fr/energie-ops/actualites/operation-topaze-exercice-cle-puissance-aerienne
Crédit photo : Avitaillement des Rafale dans le cadre de l’opération Topaze © Base aérienne 106 (https://www.defense.gouv.fr/energie-ops/actualites/operation-topaze-exercice-cle-puissance-aerienne)
Retrouvez l’intervention du général Gaudillière ci-dessous >>>