Par Jasmine Verhaeghe* – Jeunes auteurs – Avec Pégase 26, l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) ne cherche pas à simplement démontrer qu’elle peut projeter des Rafale à l’autre bout du monde, mais qu’elle peut agir aux côtés des forces présentes dans l’Indo-pacifique. Pour sa septième édition, cette mission de projection aérienne de longue portée aura ainsi été étendue sur plus de 40 000 kilomètres, avec des étapes au Groenland, en Alaska, au Japon, en Corée du Sud, en Indonésie et en Inde.

Focus sur deux étapes majeures de cette édition : le Japon et la Corée du Sud, et sur l’approfondissement de l’interopérabilité aérienne de l’AAE avec ces deux partenaires.

Du 8 septembre au 15 octobre 2026, le plan de déploiement de Pégase 26 aura cette année été notamment marqué par un nouveau passage au Japon et en Corée du Sud, deux pays déjà intégrés à Pégase 2023, le Japon ayant également constitué une étape de l’édition 2024 : une région qui concentre certaines des principales tensions géopolitiques actuelles allant de la montée en puissance militaire de la Chine et des frictions autour de Taïwan, jusqu’à la menace nord-coréenne, sur fond de recomposition des architectures de sécurité en Asie de l’Est. L’enjeu pour Paris n’est donc pas d’afficher une simple présence, mais de poursuivre la densification de ses liens opérationnels dans cette région.

 

De la projection de forces à l’interopérabilité

Le Japon constitue à cet égard un cas révélateur de cette posture. Le 17 septembre, sur la base aérienne de Hyakuri (préfecture d’Ibaraki), les forces aériennes françaises et japonaises ont ainsi conduit un entraînement conjoint visant à tester leur capacité à opérer ensemble : coordination des équipages, harmonisation des procédures, communications et soutien logistique.

Cette étape a permis de renforcer l’interopérabilité avec la Force aérienne d’autodéfense japonaise (JASDF) lors d’entraînements associant notamment Rafale, F-2 et A330 MRTT. Pour les équipages français, évoluer avec le F-2, appareil absent des exercices européens et OTAN, constitue notamment une occasion rare de se familiariser avec de nouveaux matériels, procédures et environnements opérationnels1.

Associer une telle recherche d’interopérabilité à une mission de présence et de diplomatie aérienne est bien ce qui caractérise la mission Pégase2.

Au cours de l’exercice du 17 septembre, le général Morita, chef d’état-major de l’Armée de l’air japonaise, a d’ailleurs souligné la proximité croissante avec la France et la convergence de plus en plus évidente entre les impératifs de sécurité européens et ceux de l’Indo-pacifique. La coopération franco-japonaise dépasse le cadre diplomatique et continue d’investir celui des exercices conjoints, de la défense aérienne et du spatial.

Le cas de la Corée du Sud répond à une dynamique un peu différente, dans la mesure où l’environnement sécuritaire de Séoul est soumis à une tension permanente liée à la menace nord-coréenne, ce qui donne à ces échanges militaires une dimension plus immédiatement opérationnelle.

Déployé à Cheongju du 15 au 17 septembre, le détachement français a de fait renforcé son interopérabilité avec la Republic of Korea Air Force (ROKAF), avec notamment une première : des entraînements tactiques associant Rafale et F-35 sud-coréens. Les deux forces ont également réalisé des ravitaillements en vol croisés sur leurs A330 MRTT respectifs et partagé leurs retours d’expérience sur le MRTT, le missile METEOR, l’A400M et la lutte anti-drone3.

Pégase 26 met ainsi en lumière l’approfondissement des partenariats français dans la région, qui reposent désormais de plus en plus sur l’entraînement, le partage de procédures et la diversification des coopérations.

 

Pourquoi la France cherche-t-elle cette proximité ?

En tant que puissance dotée de territoires ultramarins et de forces dans l’Indo-pacifique, l’Asie n’est pas un « théâtre extérieur » pour la France et sa stabilité touche directement à sa sécurité, à la protection de ses ressortissants et à sa liberté d’action. Paris doit donc être capable de s’intégrer dans des environnements interalliés différents.

Complémentaire de la stratégie américaine, l’approche française se distingue par le développement d’un réseau de partenariats avec pour perspective d’acquérir une capacité d’action conjointe au service de la stabilité régionale, dans un contexte où aucune puissance européenne ne peut durablement maintenir des forces en nombre dans la zone4. D’où l’importance fondamentale de l’interopérabilité.

Au-delà du défi opérationnel et logistique que représente une telle mission, Pégase 26 illustre ainsi l’évolution de la posture française en Asie de l’Est, laquelle s’appuie de façon croissante sur la construction de relations opérationnelles durables face aux enjeux actuels.

* Jasmine Verhaeghe est diplômée d’une licence en Relations internationales et en Japonais de l’Inalco, et en cours de finalisation d’un master en Affaires publiques et internationales à l’Université de Montréal. Elle est actuellement chargée de relations extérieures auprès du Gouverneur militaire de Paris dans le cadre d’un contrat Armée-Jeunesse.

 

Notes :

1 Voir Pégase 26 : retour sur les dernières étapes, AAE, 1er octobre 2026, https://www.defense.gouv.fr/air/actualites/pegase-26-retour-dernieres-etapes

2 Voir sur ce sujet de la diplomatie aérienne notre couverture de la première édition de la mission Pégase en 2018 dans le numéro 45 de notre revue >>> https://operationnels.com/produit/operationnels-slds-45-ete-2019-2/

3 Pégase 26 : retour sur les dernières étapes, AAE, 1er octobre 2026, ibid

4 La France cherche depuis plusieurs années à se positionner dans la région comme « puissance d’équilibre ». Voir sur ce sujet : https://operationnels.com/2021/03/21/french-indopac-strategy-a-balancing-act-1-of-2/ ; https://operationnels.com/2021/03/23/french-indopac-strategy-a-balancing-act-2-of-2/

 

Crédits photos :

Photo 1 : l’étape au Japon a permis aux équipages français de renforcer leur coopération avec la JASDF © AAE, https://www.defense.gouv.fr/air/actualites/pegase-26-retour-dernieres-etapes

Photo 2 : Rafale français et F-35 sud-coréens ont mené des entraînements tactiques, une première © AAE, ibid

 

Pour en savoir plus, voir notamment :

 

 

Voir également le point presse du 27 août 2026 relayé ci-dessous (https://www.defense.gouv.fr/actualites/pegase-26-deploiement-strategique-larmee-lair-lespace)