Evènement / Par Linda Verhaeghe – A l’occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire, l’Association nationale des premiers secours (ANPS) a posé la question de la pertinence de son modèle face à la multiplication des catastrophes. Entre héritage, modernisation et ambition pour 2030 demeure cependant une constante à laquelle tous les acteurs du secteur sont profondément attachés : le bénévolat et la solidarité.
« L’histoire de l’ANPS débute à la veille du second conflit mondial par la création de l’association Le Premier Secours qui dépose ses statuts le 2 juin 1936 auprès de la Préfecture de la Seine », peut-on lire sur le site de l’association. « L’objet de cette nouvelle association répond à une demande émergeante dans cette période où notre société est en pleine évolution industrielle, mais où le désenclavement rural n’est pas encore d’actualité. Soucieux d’aider la population, les membres fondateurs développent un savoir-faire dans la formation sur les gestes à pratiquer dans l’attente d’un médecin de famille ou de Police Secours. C’est une véritable évolution dans le domaine associatif, car l’enseignement et la pratique des gestes de premiers secours sont quasi inexistants pour la population de France. »[1]
Créée en 1936, l’Association nationale des premiers secours, qui a à son actif des dizaines de milliers de personnes formées aux gestes qui peuvent sauver des vies, a donc célébré ce 18 avril, à Paris, un anniversaire symbolique, dans un contexte où les crises – climatiques, sanitaires ou sécuritaires – se succèdent à un rythme inédit.
Selon le ministère de la Transition écologique, la France est de fait le pays de l’Union européenne qui a recensé le plus de catastrophes naturelles entre 1900 et 2025, dans un contexte d’intensification des aléas climatiques (inondations, feux de forêt, sécheresses). Le Commissariat général au
développement durable estimait ainsi en avril 2025 qu’ « en 40 ans, plus de 17 000 événements ont été reconnus par l’État comme des catastrophes naturelles »[2]. Dans ce contexte, les crises ne sont pas seulement plus visibles : elles touchent davantage de territoires et de populations, sachant qu’environ six Français sur dix vivent désormais dans une commune exposée à au moins un risque naturel d’origine climatique, et près des deux tiers des communes sont concernées par le risque d’inondation[3].
Cette dynamique ne signifie pas seulement davantage de crises, mais des événements plus sévères, plus coûteux et parfois simultanés pour les services de secours.

Source : Les risques naturels en France – Etat des connaissances en 2025,
Statistique publique de l’énergie, des transports, du logement et de l’environnement,
12 février 2026[4]
Une question s’est ainsi posée naturellement au travers des débats : le modèle actuel de sécurité civile est-il toujours adapté ?
Une chaîne d’entraide bénévole
Pour Jérémy Lavergne, président de l’ANPS, la réponse passe par une évolution plutôt qu’une rupture. Il plaide pour « réinscrire l’histoire des associations agréées » dans une dynamique contemporaine, marquée par la professionnalisation des équipes et leur intégration comme « véritable force de sécurité civile ». Ce modèle repose sur une chaîne d’entraide mobilisant des centaines de bénévoles, capables d’intervenir aux côtés du SAMU et des sapeurs-pompiers.
Au cœur de cette organisation, la préparation des populations reste essentielle : formation aux gestes qui sauvent, culture du risque, exercices de crise : « La maturité et l’engagement des bénévoles constituent un socle solide », a-t-il souligné, tout en appelant à moderniser les outils et la gouvernance.
Un tournant est annoncé depuis 2025, avec un projet de nouvelle fédération et une feuille de route à horizon 2030. Parmi les priorités évoquées : la rénovation de la gouvernance, la consolidation du rôle des associations agréées, la valorisation du bénévolat et la modernisation des systèmes d’information.
Représentant la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), Christophe Burbaud, colonel de sapeurs-pompiers et chef du bureau du pilotage des acteurs du secours, a insisté sur « l’engagement, la transmission et l’action au service de l’intérêt général ». Il a rappelé l’importance du continuum entre forces de sécurité intérieure et associations agréées, illustré notamment lors de crises récentes comme le cyclone Chido, à Mayotte.
L’objectif est ainsi triple :
- adapter les dispositifs aux réalités actuelles,
- faire évoluer les référentiels existants,
- renforcer la coordination opérationnelle, avec notamment un système d’information partagé attendu d’ici 2027.
Former 80% de la population aux premiers secours
Même constat du côté de la zone de défense et de sécurité de Paris, où Béatrice Steffan, récemment nommée préfète secrétaire générale de la zone de défense et de sécurité de Paris, a salué « une solidarité à la française » et exprimé une reconnaissance appuyée envers les bénévoles issus des différentes associations de secours agréées, acteurs essentiels de la gestion de crise.
Présent pour l’occasion, Quentin Vignot, administrateur au sein de la Fédération française des secouristes et formateurs policiers, souligne en outre que « les associations habilitées travaillent de concert à former le plus largement possible les citoyens aux gestes qui sauvent ».

Béatrice Steffan, préfète secrétaire générale de la zone de défense et de sécurité de Paris,
Jérémy Lavergne, président de l’ANPS et Quentin Vignot, administrateur auprès de la FFSFP
© Linda Verhaeghe, 8 avril 2026
La FFSFP forme à elle seule plus de dix-mille personnes chaque année. Mais, alors que le Président de la République a fixé un cap ambitieux en 2017 à la suite du rapport Pelloux/Faure sur la formation aux gestes qui sauvent– à savoir celui de former 80 % de la population formée aux premiers secours[5] -, à peine un peu plus d’un quart des Français (27% exactement) est à l’heure actuelle formés aux gestes de premiers secours[6].
Former 80% de la population comme le font certains de nos voisins européens suppose de former plus de 3,4 millions de personnes par an. Dans ce défi massif, les associations agréées de sécurité civile jouent un rôle central, en complément des services de l’État.
Autant d’initiatives qui rendent hommage aux tous ceux dont l’engagement reflète une même ambition : bâtir une société plus sûre, plus solidaire et mieux préparée aux défis de demain. Les priorités affichées par ces associations – rénovation de la gouvernance, modernisation des systèmes d’information, renforcement de la coordination et des moyens[7] – répondent de fait aux alertes répétées des pouvoirs publics, qui appellent à adapter la sécurité civile à des saisons de risques plus longues et plus sévères. La question n’est ainsi plus de savoir si les associations agréées ont encore leur place dans le dispositif français de sécurité civile, mais comment leur donner les moyens de répondre à des crises plus fréquentes, plus longues et plus complexes qu’il y a seulement quelques décennies.
Notes
[1] https://www.anps.fr/notre-histoire/
[2] Voir les statistiques citées dans : https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/feu-inondation-secheresse-comment-la-france-s-adapte-aux-catastrophes
[3] https://www.vie-publique.fr/eclairage/273322-climat-vers-une-aggravation-des-risques-naturels
[4]https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/les-risques-naturels-en-france-etat-des-connaissances-en-2025
[5] Patrick Pelloux et Eric Faure, Rapport de la mission de préfiguration sur la généralisation au plus grand nombre de nos concitoyens, de la formation aux gestes qui sauvent, avril 2017, Bibliothèque des rapports publics, cité dans : https://www.vie-publique.fr/en-bref/19631-securite-former-80-de-la-population-aux-gestes-qui-sauvent
Voir également : https://www.sofis.fr/les-agents-publics-devront-etre-formes-aux-gestes-de-premiers-secours-dici-2021/ ; https://www.actusoins.com/premiers-secours-80-de-la-population-devra-etre-formee.html
[6] https://www.secourisme.net/spip.php?breve548&lang=fr
[7] La Cour des Comptes alertait par exemple en 2022 sur l’état des flottes de la sécurité civile (https://www.vie-publique.fr/en-bref/286667-securite-civile-la-cour-des-comptes-appelle-des-evolutions-profondes)
Pour en savoir plus sur les spécificités françaises en matière de sécurité civile, lire : https://www.anps.fr/2026/03/02/de-la-protection-civile-a-la-securite-civile-comprendre-la-specificite-francaise/
Photos : toutes les photos et illustrations (y compris l’historique chronologique de l’ANPS reproduit ci-dessous) dont le crédit n’est pas précisé dans le corps de l’article sont issues du site : https://www.anps.fr




