Brève / News – Par Jasmine Verhaeghe – Les tensions sino-japonaises ont marqué le Shangri-La Dialogue 2026. Entre accusations de « militarisme », inquiétudes autour de Taïwan et enjeux de sécurité régionale, le sommet a aussi révélé des convergences entre Paris et Tokyo.
L’édition 2026 du Shangri-La Dialogue, tenue du 29 au 31 mai, à Singapour, s’est déroulée dans un climat lourd, marqué par l’accélération de la course aux armements dans la région. Bien que le président vietnamien, Tô Lâm, ait tenté d’apaiser le jeu, plaidant pour la stabilité régionale, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a finalement résumé la situation en réclamant « moins de discussions, plus de navires et de sous-marins ».
Le sommet a plus particulièrement été le théâtre d’un vif affrontement rhétorique entre le Japon et la Chine. Rejetant fermement les accusations de « militarisme » portées par Pékin à l’encontre de Tokyo, le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, n’a pas manqué de monter à la tribune pour dénoncer le manque de transparence de la Chine sur son budget militaire.

L’ombre du détroit de Taïwan
Selon Céline Pajon, spécialiste de la politique étrangère du Japon au sein de l’Institut français des relations internationales (IFRI), ces accusations de « militarisme » de Pékin relèverait d’une stratégie de dénigrement : la modernisation militaire de Tokyo demeurant défensive, dans un contexte de dégradation sécuritaire liée aux menaces chinoises, russes et nord-coréennes.
Dans une interview accordée à Libération1, la chercheuse souligne le cap franchi par les tensions entre les deux puissances avec la déclaration de la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, indiquant qu’un blocus de Taïwan menacerait la survie du Japon. Déclaration qui a servi de prétexte à la Chine pour tenter d’agiter le spectre d’un grand voisin belliqueux, même si cette rhétorique ne convainc pas dans la région.
Paris fait écho aux inquiétudes de Tokyo
C’est précisément face à cette fragilité du statu quo que la France a envoyé un signal fort en faisant écho aux positions de Tokyo. Lors de son allocution, la ministre française des Armées, Catherine Vautrin, a en effet explicitement mentionné le risque d’une « crise majeure en Asie, par exemple en mer de Chine méridionale » et dénoncé des « interruptions » et des « mouvements suspects » autour des infrastructures de communication sous-marines, pointant la situation dans le détroit de Taïwan.
Si la France défend depuis toujours la liberté de navigation, le respect du droit international et la stabilité de l’Indo-Pacifique, en ciblant spécifiquement ces manœuvres « hybrides », attribuées aux stratégies de pression de Pékin, Paris semble ainsi rejoindre, sur cette question, certaines des préoccupations stratégiques de Tokyo. Car, pour le Japon, la stabilité du détroit est indissociable de sa propre survie nationale. Sans constituer une rupture, l’intervention française illustre la dimension de plus en plus internationale que prennent les tensions entre la Chine et le Japon.
Organisé chaque année à Singapour, depuis 2002, le Shangri-La Dialogue est le principal sommet consacré aux enjeux de sécurité et de défense dans la région Asie-Pacifique. Ce forum intergouvernemental réunit des ministres de la Défense, des chefs d’état-major, ainsi que des experts du monde entier. Si les discours officiels rythment les séances plénières, le sommet se joue aussi dans les coulisses, où les puissances, en particulier les États-Unis et la Chine, mènent des négociations pour tenter de désamorcer les crises ou, au contraire, pour signifier leurs oppositions.
Notes
1 Arnaud Valerin, Pékin entend discréditer le Japon et imposer le récit d’un pays renouant avec un militarisme agressif, Libération, 3 juin 2026
Crédits photos © IISS Shangri-La