Par Linda Verhaeghe – Sur le terrain, lorsqu’un chien est blessé, chaque minute compte, et les gestes ne s’improvisent pas. Le secours canin s’impose aujourd’hui comme une compétence à part entière, au croisement du médical, du tactique et du lien homme-animal.
Au Salon Secours Expo, militaires cynotechniciens, formateurs et acteurs du secteur ont partagé pratiques et retours d’expérience, révélant les évolutions d’un domaine en voie de structuration et d’une véritable « spécialité dans une spécialité ».
Sur le stand d’HumAnimal, un organisme de formation, les échanges se font à hauteur d’homme… et de chien. Le public y découvre une facette méconnue des métiers de terrain et l’étendue des missions et des compétences mobilisées derrière ce métier : celui qui consiste à intervenir pour porter assistance, non pas à des humains, mais à des animaux blessés.
SC1 : Sauver le canin Tarky
En tenue, Ethan, Première classe au 132e régiment d’infanterie cynotechnique (132e RIC) de Suippes (Marne), détaché à l’élément cynotechnique de détection de Miramas (Bouches-du-Rhône), est venu représenter cette spécialité singulière. Son unité, unique en son genre, regroupe des maîtres-chiens.
Cynotechnicien, il travaille avec Skyroc, son chien âgé de six ans, à l’obéissance, à la neutralisation humaine et à la recherche d’individus. Son engagement dans l’Armée répond à une volonté d’apprendre un métier fondé sur des compétences techniques et un savoir-faire opérationnel. Sa présence au salon vise à représenter son unité tout en contribuant à faire connaître le secours animalier auprès du grand public.
A ses côtés, Sarah, caporal et également maître-chien, partage cette expertise opérationnelle, entre entraînement, mission, mais aussi transmission. Celle-ci est venue accompagnée de son malinois, Tarky, âgé de cinq ans. « Le chien est notre binôme », résume-t-elle. Dans l’action, le lien construit au quotidien est déterminant. Il permet d’évaluer, de manipuler et d’apporter les premiers soins à l’animal, en attendant la relève vétérinaire, afin de préserver sa vie et, lorsque c’est possible, de maintenir sa capacité opérationnelle.
Formatrice de secours au combat de niveau 1 pour les chiens, les gestes qu’elle enseigne s’inscrivent dans des contextes concrets : prise en charge d’une plaie perforante au thorax, gestion d’une éviscération, ou encore traitement d’une hémorragie. Simulant la prise en charge de son chien blessé à l’œil, elle explique comment intervenir avec méthode tout en se protégeant. Après avoir confectionné une muselière improvisée à partir d’un cordage avec nœud de cabestan, elle panse l’œil blessé de son chien Tarky. Les gestes sont précis, mesurés, adaptés à un animal en douleur. Ici, la technique se conjugue avec la lecture du comportement animal et la maîtrise du stress.
Des premiers modules de formation aux premiers secours animaliers militaires
Sur le stand, Pierre-Damien Exbrayat apporte une autre perspective issue du terrain policier. Ancien militaire de l’armée de Terre, ayant basculé dans la police municipale une trentaine d’années auparavant, il a développé la structure Formatexbconseils, dédiée à la formation des forces de l’ordre : intervention sur la voie publique face à un individu accompagné d’un chien, pénétration en milieu clos, gestion d’animaux agressifs, capture de chiens, mais aussi prise en charge d’animaux blessés. Il forme de la même manière des administrations et des associations animalières à adopter les bons réflexes pour approcher un animal en souffrance, dont le comportement peut être altéré par la douleur.
Au centre de cette dynamique, David Roussin, fondateur de HumAnimal, structure l’ensemble autour d’une approche méthodique du secours animalier. Après une carrière militaire achevée au centre opérationnel de santé (CeFOS) de l’École du Val-de-Grâce (SSA), où il était en charge de l’instruction des formateurs et membre de l’équipe pédagogique nationale au sein de la cellule habilitations, il entame en 2014 un travail de fond sur le secours animalier.
Cette initiative aboutit à la mise en place les premiers modules de formation en s’appuyant sur un comité scientifique vétérinaire, afin de valider des gestes adaptés prenant en compte l’état émotionnel de l’animal blessé ou stressé. Puis, l’année suivante, à la création des premiers secours animaliers militaires au sein de l’armée de Terre, à la demande du 132e régiment d’infanterie cynotechnique.
Son approche repose sur une idée centrale, l’animal n’est pas seulement un compagnon, mais aussi un partenaire opérationnel. « Le chien est à la fois un extraordinaire compagnon et un outil de travail, quand on sait développer et optimiser le relationnel de terrain », explique-t-il, que ce soit dans des missions de recherche ou d’intervention. À ce jour, il a formé plus de 4quatre mille personnes issues d’horizons variés : forces spéciales, sapeurs-pompiers, chiens guides d’aveugles, éducateurs canins, éleveurs…
Présent au salon, son objectif est clair : sensibiliser les professionnels susceptibles d’être confrontés à un animal blessé ou en détresse, afin qu’ils soient en mesure de le stabiliser au même titre qu’un humain. Pour lui, cette capacité d’intervention relève autant d’une obligation légale que d’une responsabilité morale. Dans ce contexte, la présence de militaires joue un rôle de démonstration concret, incarnant à la fois la rigueur professionnelle et l’ancrage opérationnel de ces pratiques.
Crédit photos :
Photo 1 : Le caporal Sarah lors d’une démonstration de secours animalier au salon Secours Expo qui se tenait Porte de Versailles su 18 au 20 mars 2026 © Linda Verhaeghe, 19 mars 2026
Photo 2 : Une colonne d’assaut de la police intégrant (au centre) un spécialiste issu d’une unité de capture, lors d’une pénétration de domicile © Sicop
Photo 3 : Le caporal Sarah (132e RIC), son malinois Tarky, et David Roussin (HumAnimal) © Linda Verhaeghe, 19 mars 2026