Par Linda Verhaeghe – Dreux-Senonches, 26 février 2026. Sur cette base aérienne abandonnée depuis 50 ans, ORION 2026 illustre une phase clé de l’exercice : sécuriser un site, le remettre rapidement en état et permettre le déploiement opérationnel des troupes et des avions, condition indispensable aux étapes suivantes de projection et de commandement.

En quelques heures, commandos parachutistes de l’Air du CPA20, spécialistes du génie et équipes NRBC s’enchaînent pour prendre le contrôle du site, réparer la piste et préparer la base pour accueillir un A400M avec troupes et matériel. Cette phase met en lumière quatre dimensions essentielles : l’entrée en premier, la reprise d’une base dégradée, la projection rapide des forces et la coordination interalliée et interarmées. Une démonstration grandeur nature de ce que représente un engagement de haute intensité, dans un environnement complexe et contesté.


Entrée en premier

L’exercice ORION 2026 aura mobilisé plus de mille deux cents personnels sur neuf sites nationaux, du transport tactique à la supériorité aérienne, de la reconnaissance au ravitaillement. Mais cette phase spécifique, impliquant cent-vingt-six PAX, aura certainement concentré le cœur opérationnel de l’exercice : sécuriser un point d’appui avancé, préparer la base pour accueillir les avions et les troupes, et assurer que toutes les actions soient coordonnées sous un commandement unique.

 

« Deux unités doivent prendre la base, la remettre en état et accueillir une activité aérienne complète », souligne le capitaine Hervé, responsable de la doctrine et de l’innovation au CPA20. « C’est exigeant, mais cela prépare à ce que l’avenir pourrait imposer, notamment dans un contexte inspiré du conflit russo-ukrainien, avec des menaces multidimensionnelles ».

 

Sur le tarmac, le Commando parachutiste de l’Air n°20 (CPA20) prend ainsi d’assaut la plateforme, tandis que le 25e Régiment du génie de l’Air (25RGA), véritable « bâtisseur de l’ombre », répare une piste dégradée et remet en état l’infrastructure pour permettre le roulage et le stationnement des aéronefs. Les spécialistes NRBC interviennent pour neutraliser toute menace nucléaire, radiologique, biologique ou chimique.

 

« Nous pouvons remettre une piste en service en trois jours, selon l’état de dégradation de celle-ci », poursuit le capitaine Hervé. « L’objectif est de pouvoir déployer un environnement aéronautique complet et permettre des opérations aériennes dès que possible ».

 

Le colonel Sylvain, sous-chef infrastructure aéronautique au Centre Technique de l’Aviation de l’Armée de l’Air et de l’Espace (CTAAE), souligne l’importance de cette phase. « La base n’avait pas été utilisée depuis un demi siècle. Rendre opérationnel un point d’appui jamais exploité en quelques jours, voilà ce que signifie l’entrée en premier. La haute intensité, ce n’est pas abstrait : on la vit ici, avec un rythme et des contraintes très réalistes », explique-t-il.

 

Interoperabilité et innovation au rendez-vous

Au-delà de la performance technique, cette phase clé illustre l’interopérabilité avec les forces alliées. « L’exercice teste notre capacité à faire face à un adversaire puissant et à organiser une coalition multinationale », explique le général Julien Sabéné, commandant en second du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA). La sécurisation, la remise en état et la projection rapide des forces sont orchestrées selon les standards OTAN et intégrées aux procédures alliées.

 

Cette édition met aussi l’accent sur l’innovation et la résilience face aux menaces contemporaines, notamment les drones et la guerre multi-milieux. Des industriels français étaient donc aussi présents, à l’image d’ELISTAIR avec son système KHRONOS : une solution filaire de détection et de brouillage, utilisable de jour comme de nuit, autonome, connectée en temps réel et qui ne produit aucune émission.

 

Entre commandement et contrôle, interventions des commandos, missions du génie, séquences NRBC et projection par A400M, cette phase de l’édition 2026 d’ORION démontre la réactivité et la capacité de l’armée de l’Air et de l’Espace à entrer en premier sur un théâtre d’opérations : un aperçu unique de la coordination de toutes les composantes d’une opération aérienne, de l’assaut initial à la remise en service complète d’une base aérienne projetée, dans un scénario déjà expérimenté par l’AAE1 et qui pourrait devenir la norme des conflits de demain.

 

1  Tel qu’à Tessalit par exemple pendant l’Opération Serval, voir : Delaporte, Le 25e RGA : veiller au moindre grain de sable, SLD #9 / Opérationnels SLDS, avril 2013 >>> https://operationnels.com/2014/05/10/le-25e-rga-veiller-au-moindre-grain-de-sable/

 

Photos © Linda Verhaeghe