PROMOUVOIR UNE STRATÉGIE INDUSTRIELLE D’ACCOMPAGNEMENT. Par Jean-François Lafore et Bernard Refalo (GICAT)

Le 10 mars 2009, au CAP 15 à Paris, le Groupement des Industries françaises de défense terrestre (GICAT) a rassemblé pour la première fois, en partenariat avec l’armée de Terre et la Délégation générale de l’armement (DGA), tous les principaux acteurs étatiques et industriels qui contribuent à la définition, au développement, à la réalisation, à la mise en œuvre et au maintien de la chaîne logistique des matériels terrestres.

Deux cent trente personnes – dont cent cinquante appartenaient à l’industrie – ont participé à cette journée articulée autour de quatre thèmes :

  • Politique du soutien
  • Stratégie d’acquisition du soutien
  • Partenariat Etat/Industrie
  • Vente des matériels d’occasion à l’export et démantèlement.

Pour appréhender collégialement ces sujets, quatre ateliers de préparation des tables rondes mis en place dès novembre 2008 ont servi de socle aux échanges et aux témoignages et ont ainsi permis d’éclairer les choix qui peuvent être variés. Un groupe de pilotage, regroupant l’Etat-major de l’armée de terre (EMAT), la Direction centrale des matériels de l’armée de terre (DCMAT), la DGA, la Section technique de l’armée de terre (STAT), l’Etat-major des armées (EMA) et le GICAT, a par la suite retenu des thèmes de travail à approfondir ou à explorer. Cet article fait le point des recommandations du GICAT, des travaux à poursuivre sous la houlette d’un groupe de pilotage mixte «EMAT, DGA, Industrie», et des nouveaux chantiers à engager. Renforcer le partenariat Etat-Industrie dans un contexte de réformes Les deux réformes emblématiques que sont le Livre blanc et la Revue Générale des Politiques Publiques (RGPP) invitent l’armée de terre à réduire ses effectifs et à modifier son mode de fonctionnement pour conserver son efficacité opérationnelle : rénovation en cours des structures de maintenance (SIMMT – service interarmées du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres – et SMITER – structure de maintenance industrielle terrestre -) et mise en œuvre de la nouvelle Politique d’Emploi et de Gestion des Parcs, la PEGP. Le parc de l’armée de terre est constitué de matériels de nouvelle génération et de nombreux équipements anciens, ce qui concourt à une augmentation constante du coût du Maintien en Condition Opérationnelle (MCO). La part du MCO allouée à l’armée de Terre sur la période de la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2009-2014 serait d’environ 3,9 milliards d’Euros, soit en moyenne 650 millions d’Euros par an de commandes aux industriels. Malgré cet effort de dotation, il manquerait 250 millions d’Euros d’ici la fin de la LPM. La maîtrise de la facture du MCO constitue donc un enjeu majeur. Elle nécessite la mise en œuvre d’une politique volontariste, rationnelle, cohérente et le renforcement d’un partenariat Etat-Industrie.

Le séminaire a permis d’échanger nombre de réflexions quant aux grandes lignes d’une politique du soutien des matériels terrestres et d’en formaliser une première ébauche, en fonction du type de matériels et de leur emploi opérationnel. En particulier, l’armée de terre y reconnaît la possibilité de réduire son degré d’engagement technique pour les matériels les plus simples et les moins projetables. La définition détaillée de la politique de soutien va se poursuivre côté étatique, le GICAT étant consulté autant que de besoin.

Par ailleurs, l’accent a été mis sur la nécessité de développer le préventif et le prédictif afin de limiter les actions curatives de soutien. Ceci pousse à recenser et promouvoir des sujets d’études amont notamment sur quelques thèmes techniques (télémaintenance, obsolescences,…). L’importance des échanges de données (retour d’expérience ou Retex), entre le monde industriel et le monde étatique, et des systèmes d’information logistiques (SIL) a été soulignée à plusieurs reprises. 

Le groupe de pilotage a chargé GICAT de collecter les idées les plus pertinentes en la matière. Ces propositions seront ensuite transmises à la DGA. En ce qui concerne la stratégie d’acquisition du soutien, le séminaire a permis de mettre en exergue les avantages et les inconvénients de l’approche verticale (par système) et horizontale (par sous-ensemble ou technologie). La SIMMAD (Service industriel de maintenance des matériels aéronautiques) en a validé la pertinence et leurs combinaisons possibles. Il y a eu jusqu’à présent très peu de contrats horizontaux de MCO dans le domaine terrestre. Le programme Scorpion pourrait relancer cette deuxième approche via la contractualisation de la performance capacitaire de l’unité Scorpion. Il serait aussi intéressant d’étudier la faisabilité (masse critique,…) et l’intérêt de la constitution de pôles transverses comme la mécanique (moteurs de véhicules), l’optronique, la simulation… 

Une inquiétude a été largement exprimée : quelle place pour les petites et moyennes entreprise (PME) dans le MCO avec la globalisation des contrats ? Les pouvoirs adjudicateurs du secteur terrestre ont tendance à privilégier aujourd’hui une approche de contractualisation globale, sous la forme de contrats passés à des maîtres d’œuvre industriels. Cette globalisation doit s’accompagner de mesures favorables aux PME, classiquement très présentes sur les activités MCO au risque de voir une attrition de leur participation au profit des ressources industrielles propres au grand maître d’œuvre (MOI, maître d’œuvre industriel) et de ne plus pouvoir conduire une véritable politique industrielle pour les PME.

A la recherche d’une meilleure optimisation du maintien en condition operationnelle (MCO)

Le soutien des matériels terrestres était, ces dernières années, confié à l’industrie à hauteur d’un quart du total, le reste couvrant les dépenses étatiques (management et ateliers). Ces proportions (1/4, 3/4) incitent à aborder la problématique dans son ensemble afin d’optimiser et de mutualiser les ressources pour réduire les redondances.

A l’heure de la définition et de la mise en place progressive du SMITER, service de maintien en condition opérationnelle des materiels de l’armée de terre, le GICAT a recommandé d’étudier les enseignements :

  • du modèle allemand HIL, lequel permet un accompagnement optimisé de la baisse des effectifs étatiques avec une ‘cross-fertilisation’ des compétences publiques et privées ;
  • de la MMAé (Mission de modernisation du maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques de la défense) et son partenaire le GIFAS (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales), qui ont prouvé dans le domaine aéronautique leur efficacité pour préparer, dans une structure dépassionnée, les décisions d’externalisation éventuelles basées sur les études de coûts complets.

Ces propositions n’ont pas reçu d’écho favorable de la part du groupe de pilotage.

L ’armée de Terre ayant décidé le retrait rapide de matériels «hors format», la valorisation de ce flux sortant de matériels d’occasion présente par ailleurs un intérêt certain pour l’Etat et l’Industrie (notamment les PME). Il y a là, à travers la vente à l’export de systèmes complets, l’exploitation de pièces de rechanges et le démantèlement des matériels, des opportunités politiques, industrielles et financières. Suite au séminaire et à la demande du CEMAT (Chef d’état-major de l’armée de terre), le groupe de pilotage a décidé de mettre en place un groupe de travail co-piloté par le GICAT pour :

  • Définir une politique de cession ;
  • Définir les modalités de mise en œuvre du retrait des matériels (structure ad hoc apte à gérer et valoriser les flux de sorties, les demandes de clients, la détermination d’un juste prix de marché, la prise en compte des aspects réglementaires, les processus, les moyens,…).

Parmi ces moyens, le GICAT recommande le développement d’un ou de plusieurs pôles national(aux) «démantèlement» des matériels complets aux munitions en valorisant le savoir-faire des industriels français en la matière. A mesure que l’’armée de terre transforme son organisation du soutien des matériels terrestres, l’industrie est ainsi prête à l’accompagner de façon à optimiser ensemble l’efficience de cette activité de soutien. En organisant le séminaire du 10 mars 2009, le GICAT avait pour objectif de rassembler et stimuler les échanges en préservant la diversité des courants de pensées et des solutions. Cette action collective n’avait pas pour ambition de se substituer aux démarches bilatérales Etat-Industrie au titre des programmes. Elle a en revanche permis de les cadrer et de faire émerger de nouvelles pistes et propositions comme l’appel à idées pour les études amont. Les groupes de travail communs GICAT- DCMAT-DGA vont les prendre en compte, afin de donner des suites concrètes au séminaire du 10 mars, qui s’est avéré un succès partagé.

 

Lire l’édition dans son intégralité >>> OPÉRATIONNELS SLDS 1 (SLD 1) / AUTOMNE 2009

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