Par Murielle Delaporte (Partenariat AD2S)*- Du 10 au 12 février 2026, plusieurs centaines d’acteurs du maintien en condition opérationnelle aéronautique (MCO-A) – personnels militaires et cils de la défense (dont près de deux cents personnels de la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé) ), mais aussi industriels étatiques (SIAé) et privés – ont été engagés dans l’exercice ORIONIS 26, volet spécifiquement dédié au MCO‑A de l’exercice ORION 26.

Cette quatrième édition de l’exercice Orionis, organisée et conduite par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), a eu de nouveau pour ambition de tester un véritable MCO de combat en contexte de haute intensité. Préparé pendant six mois et mené sur la base aérienne de Mérignac et Balard, ORIONIS 26 visait plus précisement à contribuer à répondre à la question suivante : la chaîne MCO‑A française est‑elle capable de soutenir une manœuvre de haute intensité, dans la durée, sous forte contrainte de temps et de risques ?

Pour y parvenir, l’exercice s’est articulé à la fois autour de soixante-quatorze scénarios fictifs (dont dix-sept concernant le Rafale, onze l’A400M et sept le Caracal) et d’une centaine de vignettes techniques simulées destinées à entraîner les mécaniciens à gérer des situations complexes et non conformes au cadre habituel.

 

Extension du périmètre du MCO‑A et terrain d’innovation

Pour la première fois, les flottes Reaper et ALSR (avions légers de surveillance et de reconnaissance) ont été intégrées à l’exercice, marquant l’extension du périmètre MCO‑A aux systèmes aériens de renseignement de nouvelle génération. Parallèlement, plusieurs innovations ont été expérimentées ou ré-expérimentées : emploi de drones pour inspecter l’A400M, utilisation de scanners pour cartographier les défauts, accélération de la production de moteurs, et même opérations de maintenance croisée avec des partenaires étrangers.

Ce cadre a fait d’ORIONIS 26 un véritable terrain d’innovation et de coopération entre armée et industriels, au service de la résilience et de l’adaptabilité en situation de combat.

Les PCS en première ligne

Au cœur du dispositif, les pôles de conduite du soutien (PCS) ont été mis en première ligne. Placés sous la supervision du Bureau de coordination opérationnelle, ils avaient pour mission d’apporter aux forces des réponses adaptées, réactives et cohérentes, en tenant compte des impératifs de la manœuvre en cours et à venir. Il ne s’agissait plus seulement d’appliquer des procédures de temps de paix, mais de soutenir une manœuvre engagée, d’arbitrer des ressources rares et d’assumer des choix sous contrainte de temps et de risque.

L’un des enseignements majeurs d’ORIONIS 26 tient dans cette transformation du rôle du MCO‑A : le soutien n’est plus un simple « back‑office » technique, mais un acteur à part entière de la manœuvre. Le commandant de la force soutenue doit pouvoir disposer, en temps réel, d’une vision consolidée de la situation technique et opérationnelle des flottes pour décider : quels vecteurs engager, lesquels préserver, où accepter un risque, comment régénérer au plus vite le potentiel. Le MCO‑A devient ainsi une fonction de combat réellement reconnue et pleinement insérée dans la boucle décisionnelle.

 

Vers une culture du risque maîtrisé

L’exercice avait par ailleurs un objectif explicite : « mettre sous tension les chaînes technico‑opérationnelles » du soutien dans le domaine du MCO‑A, tout en développant une culture du risque maîtrisé. Concrètement, il s’agit de sortir de la logique très normative du temps de paix, où l’on cherche un respect strict des référentiels, pour entrer dans une logique de gestion active du risque : accepter que toutes les conditions idéales ne soient pas réunies, tout en s’assurant que les équipages, les systèmes d’armes et la mission ne soient pas exposés à un risque inacceptable.

Dans cette perspective, le rôle des PCS apparaît central, la DMAé y fédérant les compétences des différents acteurs : équipes techniques de la DMAé, forces, industriels et DGA. Lorsque la mise en œuvre d’une solution technique standard n’est pas envisageable (délai trop long, ressources indisponibles, environnement dégradé), ces compétences croisées permettent d’analyser le risque, de proposer des solutions dérogatoires maîtrisées, et de donner au chef opérationnel des options claires et argumentées qu’il peut trancher en connaissance de cause.

Une démarche de transformation continue du MCO‑A

ORIONIS 26 ne se limite pas à une démonstration ponctuelle, mais s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue. Un retour d’expérience est prévu « à chaud », puis « à froid » : d’abord pour capter immédiatement les ressentis, blocages et bonnes pratiques, puis pour analyser plus sereinement les scénarios, les décisions et leurs impacts. L’objectif affiché est d’alimenter l’évolution des organisations et des procédures MCO‑A afin qu’elles soient alignées avec les exigences du contexte stratégique actuel, marqué par le retour de la haute intensité et la nécessité de préparer des engagements majeurs, potentiellement prolongés.

ORIONIS 26 marque ainsi une étape importante dans la maturation d’un véritable MCO de combat. En confrontant la DMAé, l’AAE et les industriels à des scénarios durs, en plaçant les PCS au cœur de la conduite du soutien, en assumant la notion de risque maîtrisé comme composante normale, mais encadrée, du combat, l’exercice contribue à faire évoluer réflexes, outils et culture. Il rappelle surtout une évidence souvent sous‑estimée : sans un MCO‑A capable de tenir le choc, la manœuvre aérienne, même la mieux conçue, ne peut pas s’inscrire dans la durée.

*Cet article est issu du site de l’AD2S et a fait l’objet d’une publication antérieure >>> https://ad2s-bordeaux.com/index.php/fr/actualites/archives-actualite/129-orionis-26-le-mco-aeronautique-a-lepreuve-de-la-haute-intensite

 

Références

https://www.defense.gouv.fr/dmae/actualites/exercice-orionis-26-preparer-forces-conflit-haute-intensite

Général Renucci : « une approche par le risque » adaptée au MCO de combat

Le maintien en condition opérationnelle en temps de guerre

 

Photo © AAE, LinkedIn & Facebook, février 2026