Reportage – Focus PME – Si le financement hybride de l’économie de guerre avait un visage, ce serait peut-être celui de SEAir. En adaptant ses bateaux volants à foils aux drones militaires, cette pépite lorientaise de quinze salariés bouscule le monopole des géants de la défense.

Des subventions européennes à l’épargne citoyenne, son parcours illustre le nouveau financement de la souveraineté face à la guerre navale de demain.

Le véritable déclic de ce changement d’échelle repose sur le projet ARROW, un programme pour lequel SEAir a réussi l’exploit de prendre la tête d’un consortium de dix acteurs issus de huit pays. Cette alliance lui a permis de décrocher un financement de huit millions d’euros auprès du Fonds européen de défense.

L’objectif est de livrer d’ici la fin de l’année 2028 un drone de surface de douze mètres configuré pour des missions variées. Une crédibilité financière qui s’appuie sur une intégration opérationnelle déjà validée par les états-majors.

 

Une stabilité inédite 

En s’affranchissant des mouvements de la houle, la technologie bretonne offre un gain de vitesse de 30% et augmente l’autonomie de 50%, tout en stabilisant les capteurs de haute technologie comme les sonars de Thales ou les architectures de MBDA. Cette stabilité inédite sur une plateforme légère est cruciale pour la lutte anti-sous-marine, la surveillance maritime ou les engagements de haute intensité.

SEAir a enchaîné les déploiements majeurs lors des exercices de l’OTAN Repmus en 2025 et Dynamic Manta en 2026, prouvant sa capacité à parler le même langage technique que les marines alliées.

Dernièrement, l’entreprise s’est hissée parmi les sept consortiums sélectionnés par la DGA et la Marine nationale pour le programme DANAE, acronyme signifiant « Drone de surface Autonome Naval avec capacité d’Armement Embarqué »1.

Avec le groupement ORCAS, incluant AEGIR, Diades Marine, GEIM et MBDA2, SEAir ambitionne de positionner ses plateformes à foils au cœur de la future flotte française de drones de surface armés dès 2027.

Un financement diversifié

Les millions européens restant fléchés vers la recherche et la qualification opérationnelle, SEAir a dû innover pour financer son besoin en fonds de roulement et préparer son industrialisation, avec l’ambition d’atteindre soixante millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030.

En parallèle d’un tour de table privé de deux millions d’euros en cours de bouclage, la PME a choisi d’activer le levier de la souveraineté citoyenne via la plateforme de financement participatif SouvTech Invest.

Le résultat a pris de court le marché avec 500 000 euros levés en seulement cinq semaines auprès de 240 contributeurs, poussant l’entreprise à ouvrir un second palier de 300 000 euros.

Pour le fondateur Richard Forest, ce modèle hybride associant collaboration technique avec les géants industriels et l’appel direct à l’épargne populaire est la clé pour préserver l’agilité de la PME.

En articulant subventions européennes, capital-risque et patriotisme économique, SEAir semble montrer que la résilience industrielle de la BITD concerne peut-être désormais autant les portefeuilles des citoyens que les théâtres d’opérations.

 

Notes

1 Voir sur ce sujet : https://www.defense.gouv.fr/aid/actualites/lagence-linnovation-defense-dresse-bilan-premiers-essais-reussis-drones-autonomes-lors-phase

2 SEAir detaille ainsi sur LinkedIn que : « le groupement réunit des expertises complémentaires au service d’un système autonome complet :

-> ÆGIR – dronisation, téléopération, autonomie, situation tactique et C2 ;

-> DIADÈS MARINE – Diadès Critical Mission Systems & INPIXAL – radar d’acquisition, fusion de données et traitement IA ;

-> GEIM – éblouisseur laser et haut-parleurs ;

-> MBDA – effecteur (phase 2) ;

-> SEAir – fournisseur de la plateforme à foils. »

 

Crédits photos :

  • Photo 1 : Le FUSV80 de SEAir © SEAir
  • Photo 2 : Le FT80 de SEAir est un bateau semi-rigide « volant » équipé de foils : modèle présenté en démonstration lors du salon Navexpo, organisé à Lorient du 2 au 4 juin 2026 © SEAir
  • Photo 3 : Richard Forest, fondateur de l’entreprise française SEAir cherche à révolutionner le secteur maritime en faisant « voler » les bateaux à moteur via la technologie des foils ©Linda Verhaeghe